Bilan et améliorations énergétiques de son logement : par où commencer ?

1 décembre 2023
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Depuis quelques mois et pour tous les propriétaires à Genève, effectuer un bilan énergétique de son logement n’est plus une option, mais une obligation. Avant de vous lancer, nous vous proposons un tour d’horizon des dispositifs en place à Genève.

Comme vous le savez, le Conseil d’État genevois a mis en vigueur au 1er septembre 2022 une importante modification du règlement d’application de la loi sur l’énergie (REn) qui cible notamment l’efficience énergétique des bâtiments. Dès lors, des mesures d’optimisation ou de rénovation devront être mises en œuvre pour tous les bâtiments dont le niveau de consommation énergétique est supérieur au seuil de 450 mégajoules par mètre carré et par an calculé avec l’Indice de dépense de chaleur (IDC) ou sur la base d’une étiquette énergétique CECB supérieure à la lettre D (lire les encadrés ci-contre). Au-delà de l’obligation légale, quelles sont les principales étapes nécessaires pour un ou une propriétaire qui souhaite effectuer un bilan énergétique de son logement et le rendre plus efficient au niveau énergétique et plus agréable à vivre ? « La première chose à faire est d’obtenir le calcul de son IDC et, idéalement, de compléter ce calcul, surtout si son logement est plus ancien, par un audit effectué selon la démarche du Certificat énergétique cantonal des bâtiments plus (CECB+) », explique l’ingénieur Marc Girelli, gérant de Bed’in sàrl et spécialiste des bilans et besoins énergétiques des bâtiments.

IDC et audit CECB+

L’expert insiste sur le fait que l’IDC ne donnera qu’une indication quantitative, à un instant précis, de la consommation énergétique d’un bâtiment. Un audit CECB+ ira plus loin :

il s’agit d’évaluer la qualité de l’enveloppe thermique et la performance énergétique globale d’une maison ou d’un immeuble, et ce afin de prévoir différentes stratégies pour améliorer ou changer certaines installations ou rénover des parties du bâtiment pour le rendre plus efficient au niveau énergétique.

L’audit CECB+ est donc beaucoup plus complet qu’un simple calcul de l’IDC. « Généralement, dans un audit CECB+, trois variantes chiffrées et structurées par ordre de priorité sont proposées, sans obligation, pour optimiser les locaux, et l’une de ces variantes au moins se projette à long terme avec l’ambition d’atteindre une certification de haute performance énergétique. » Les propositions d’améliorations possibles ?

Une modification de l’enveloppe thermique (par exemple, un changement des fenêtres ou un ajout d’isolation), une nouvelle source de production de chaleur (par exemple, le remplacement d’une chaudière à gaz par un autre système) ou un renouvellement des appareils électroménagers. Pour prioriser les mesures à mettre en place et conseiller les propriétaires, les experts CECB+ prennent en compte différents critères comme le degré d’urgence des travaux, leurs coûts, l’efficacité des mesures envisagées, les obligations légales et les améliorations attendues en termes de confort.


Qu’est-ce que l’IDC ?

Une spécificité genevoise

Un premier point : l’Indice de dépense de chaleur (IDC) n’existe de façon obligatoire qu’à Genève. Cet indicateur qui mesure la consommation de chaleur (chauffage et eau chaude sanitaire) d’un bâtiment n’est pas utilisé avec la même exigence dans les autres cantons. Pourquoi ? Peut-être en raison de ses limites.

Un indice avec des avantages et des limites

L’IDC se calcule en divisant l’énergie consommée annuellement par la surface brute du logement. Tout cela est mesuré en mégajoules par mètre carré et par an et corrigé en fonction des données climatiques de l’année considérée. Il y a des avantages à ce calcul – on peut par exemple détecter des dysfonctionnements ponctuels éventuels et intégrer le comportement des occupants – mais aussi des inconvénients : les chiffres obtenus ne reflètent que la consommation d’une année et ne permettent pas une analyse plus fine et comparable de la situation dans le temps et nonobstant tout autre critère. Autrement dit, un propriétaire pourrait obtenir un IDC plus bas en baissant simplement son chauffage de quelques degrés. Le bâtiment habité, lui, demeurerait énergétiquement inefficient, car aucune véritable amélioration n’aurait été entreprise.

Un indicateur qui en appelle un autre : l’audit CECB+

C’est en raison des limites d’une mesure IDC qu’un audit CECB+ supplémentaire est conseillé. Cet acronyme désigne le Certificat énergétique cantonal des bâtiments qui documente l’état énergétique des bâtiments grâce à un système uniforme d’évaluation. Il a été établi comme référentiel applicable dans l’ensemble de la Suisse par la Conférence des directeurs cantonaux de l’énergie et est utilisé par la Confédération. Les données obtenues grâce à un audit CECB+ vont plus loin qu’une simple mesure quantitative : elles identifient la qualité et la performance énergétique globale d’un logement et permettent des comparaisons pertinentes. En outre, des stratégies d’améliorations sont proposées aux propriétaires.


L’IDC en quelques adjectifs…

Obligatoire. Le calcul de l’Indice de dépense de chaleur (IDC) restera probablement obligatoire pour tous les bâtiments chauffés du canton de Genève. Il existe quelques cas précis de dispense.

Mesurable

Chaque propriétaire a la possibilité de passer par un professionnel compétent (architectes, bureaux d’études ou géomètres) pour établir le calcul de l’IDC. Une liste de ces professionnels disposant d’une habilitation est disponible sur le site web suivant: www.ge.ch/document/listeconcessionnaires-agrees-actifscalcul-indice-depense-chaleur-idc

Programmable

Avant le 30 juin de chaque année, toutes les personnes propriétaires sont encouragées à effectuer ce calcul pour l’année précédente et à adresser le résultat à l’Office cantonal de l’énergie (OCEN). Elles peuvent également transmettre les données permettant d’évaluer leur IDC à l’OCEN, qui procédera au calcul.

Si l’IDC ou les données nécessaires à son calcul ne sont pas communiqués dans les délais impartis, l’OCEN procède au calcul sur la base des relevés de consommation d’énergie en sa possession, et adresse le résultat à la personne propriétaire. Celle-ci dispose alors d’un délai de 30 jours pour réaliser, si elle le souhaite, un nouveau calcul de son IDC et, le cas échéant, procéder à une contestation du résultat.

Déterminant

Lorsque l’IDC moyen sur trois ans est supérieur à 125 kilowattheures par mètre carré et par an (450 mégajoules par mètre carré et par an), les propriétaires des bâtiments concernés doivent entreprendre la réalisation d’un audit énergétique (CECB) et l’exécution de mesures d’amélioration. Ces mesures, tout comme leur temporalité de mise en œuvre, dépendent de la fourchette plus ou moins énergivore du bâtiment.

Significatif

Lorsque l’IDC moyen sur trois ans est supérieur à 222 kilowattheures par mètre carré et par an (800 mégajoules par mètre carré et par an) ou que l’étiquette énergétique CECB est supérieure à G, les propriétaires des bâtiments concernés doivent engager un assainissement énergétique de leur bien. La valeur de dépassement significatif de 222 kilowattheures par mètre carré et par an est applicable jusqu’au 31 décembre 2026.

Bilans énergétiques : tout savoir sur les prix et les délais

Des subventions cantonales existent pour l’audit CECB+ : il faut les demander de préférence avant le début des travaux.

Que ce soit pour faire effectuer par un expert le calcul de l’Indice de dépense de chaleur (IDC) d’un logement ou pour mandater un professionnel dans la perspective d’un audit effectué selon la démarche du Certificat énergétique cantonal des bâtiments plus (CECB+), chaque propriétaire devra prendre son mal en patience : les délais sont longs.

Les professionnels du secteur sont très demandés. Quelque 200 spécialistes disposent à Genève d’une habilitation pour effectuer le calcul de l’IDC (voir le lien internet vers la liste de ces spécialistes dans l’encadré « L’IDC en quelques adjectifs »), mais ce nombre ne suffit pas à satisfaire la demande et l’attente pour un rendez-vous peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Les spécialistes du CECB+ peuvent eux, a priori, venir d’un autre canton. Toutefois, là aussi, les délais devraient être plus ou moins longs –plusieurs semaines – pour obtenir un rendez-vous.

Après le passage de l’expert, le résultat du calcul de l’IDC parviendra généralement au propriétaire en quelques jours et celui de l’audit CECB+ en quelques semaines. Les prix ? Il faut compter entre 300 et 500 francs pour le calcul de l’IDC pour une villa et entre 2’000 et 5’000 francs pour un audit CECB+ pour un immeuble ou une villa, selon le degré de complexité du travail.

Notons que des subventions cantonales existent pour l’audit CECB+ : il faut les demander de préférence avant le début des travaux.

L’offre des SIG pour un diagnostic énergétique de sa villa

Le programme SIG-éco21 des Services industriels de Genève (SIG) propose aux propriétaires de villa un diagnostic personnalisé pour identifier les actions à mettre en œuvre afin de réduire les consommations d’énergie et l’impact environnemental des bâtiments.

Le calcul de l’Indice de dépense de chaleur (IDC) est inclus dans l’offre SIG-éco21. D’une valeur de 850 francs, la prestation est subventionnée à hauteur de 550 francs par SuisseEnergie et SIG-éco21.

Pour en savoir, rendez-vous sur le site des SIG : https://ww2.sig-ge.ch/particuliers/demarches-et-factures/solutions-proprietaires-villas/solutions_energetiques_pour_villas

DES ÉTINCELLES POLITIQUES

Pour aider au financement de la transition énergétique, le Grand Conseil a voté le 21 septembre 2023 une loi qui octroie 50 millions de subventions par année pour une enveloppe globale de 500 millions destinée aux propriétaires privés.

Nous le demandions et nous remercions la députation. Ces aides sont indispensables à la transition énergétique voulue par Genève comme étant la plus ambitieuse d’Europe.

Considérant que cette loi ne permettrait pas d’atteindre tous les objectifs de réduction de CO2 dans les délais voulus, le Conseil d’État, en application d’une norme constitutionnelle, a suspendu sa publication pour 6 mois. Si l’on voit les choses avec optimisme, ce délai ouvre une discussion sur le référentiel à utiliser entre l’IDC et le CECB – ces notions sont explicitées ci-dessus – et sur les délais à respecter pour chacune des catégories d’immeubles concernés.

Ne nous y trompons pas ! Il ne s’agit pas d’une remise en cause fondamentale des objectifs de réduction de CO2 votés très largement par le Grand Conseil. Il s’agit d’introduire, dans une négociation sur un nouveau texte légal, plus de pragmatisme voire de volontarisme (subvention et mesures fiscales) pour réaliser au mieux la rénovation de nos immeubles.

Ainsi, les seuils d’intervention au niveau de la consommation d’énergie et de la déperdition de chaleur resteront certainement proches de ceux qui existent aujourd’hui.

Notre volonté de rénover nos immeubles ne sera ni remise en cause ni freinée, elle devrait être soutenue avec une compréhension renforcée de nos préoccupations, voire de nos impossibilités.

Christophe Aumeunier

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