Le domaine Barton : une rénovation respectueuse tournée vers la modernité

6 mai 2024
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Joyau de la rive droite du Léman, le domaine Barton est un ancien parc privé désormais ouvert au public. Son patrimoine est composé de la villa aux abords du lac et de cinq pavillons implantés entre des séquoias géants. Une rénovation a permis de revitaliser ce lieu chargé d’histoire et marque une étape importante de modernisation des installations, tout en préservant ce riche patrimoine historique.

Patrimoine architectural genevois d’importance, le domaine Barton se situe sur la rive droite du Léman, tout près du parc Mon Repos. Composé de la villa Barton et de cinq pavillons adjacents comprenant l’auditorium Jacques-Freymond, le restaurant et les logements, il est un véritable havre de détente ouvert au public depuis 1938.

Le domaine Barton a une riche histoire remontant au XVIIe siècle. Le site accueillait à cette époque une résidence d’été avec jardin, verger et vignoble. Sir Robert Peel, fils d’un Premier ministre britannique et représentant du Royaume-Uni auprès de la Suisse, rachète le domaine en 1858. Il le transforme alors en un cottage anglais de style néogothique, nommé villa Lammermoor et orné de pièces d’apparat transportées de Genève. C’est aussi lui qui fait planter les séquoias géants de Californie.

Plus tard, Alexandra, fille de Robert Peel, épouse le fortuné Daniel Barton (le créateur du Victoria Hall) qui acquiert le domaine en 1892. Le couple y réside, attirant de nombreuses personnalités éminentes. À la suite du décès d’Alexandra, en 1935, le domaine est légué à la Confédération (avec l’obligation de préserver tous les arbres de la propriété) et devient également le siège de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID). C’est ainsi que le domaine prend la forme d’un centre d’enseignement et de recherche ouvert au public.

Dans la rose Villa Barton – l’ancien cottage fortement rénové – des cohortes d’étudiants ont ainsi défilé. Les cinq pavillons attenants ont été ajoutés durant les années 1950, imaginés par les deux frères architectes André et Francis Gaillard. Leur architecture moderne, élégante et sobre, confère à l’ensemble une esthétique certaine. Cette évolution, anticipant le Campus de la paix, reflète la tradition d’ouverture internationale de Genève, avec une vocation continue dans le domaine de la formation.

Cette évolution, anticipant le Campus de la paix, reflète la tradition d’ouverture internationale de Genève.

Respecter l’héritage historique

Cependant, l’état vieilli des locaux et leur agencement peu fonctionnel nécessitaient depuis quelque temps une nouvelle rénovation. Suite à la donation historique d’Alexandra Barton, l’IHEID est aujourd’hui au bénéfice d’un droit de superficie, par la Confédération, de la villa et de ses pavillons.

C’est donc l’Institut lui-même qui a mené les travaux. Cette rénovation de la villa Barton avait pour but de restructurer l’intérieur tout en préservant l’enveloppe extérieure, afin de créer des espaces modulaires modernes et fonctionnels, adaptés à l’enseignement et au travail de groupe. L’opération, tout en respectant l’héritage historique, devait permettre au domaine de continuer à inspirer la vocation internationale de Genève. Les pavillons ont eux aussi été modernisés et mieux isolés. Quant à la revalorisation du parc, elle a été gérée par la ville de Genève.

©Magali Girardin

Cette rénovation incarne également, et peut-être surtout, la sédimentation des moments clés de l’histoire. Elle reflète l’influence britannique à Genève au XIXe siècle, l’émergence de Genève comme capitale internationale après la création de la Société des Nations en 1919 et le rôle de l’Institut en tant qu’acteur académique de renommée mondiale depuis 1927. Elle permet ainsi de réhabiliter un patrimoine historique et d’élever ses standards de qualité. Elle fournira à l’Institut, notamment à la formation continue, des espaces fonctionnels et attrayants, marquant ainsi l’achèvement du Campus de la paix.

Contraintes et révélations

Tout ne fut pas simple, comme l’explique Joana Eira Velha, cheffe de projet développement pour le bureau d’architecture CCHE : « Le processus d’obtention d’autorisation s’est étalé sur environ une année et demie. Le permis de construire a été obtenu durant l’été 2021 ; cependant, les échanges avec les autorités ont perduré tout au long du projet. » Des contraintes supplémentaires ont ainsi été émises, comme la conservation des menuiseries historiques sur place pendant la durée des travaux. Des solutions techniques ont dû être trouvées en conséquence.

La rénovation du site de Barton a présenté des défis uniques en termes de conservation du patrimoine, tout en répondant aux besoins contemporains.

L’un des défis majeurs de cette rénovation ? « La villa Barton, en apparence ancienne, est en réalité une construction des années 1950. » La structure historique avait ainsi été largement altérée lors des rénovations précédentes. Cependant, malgré ces contraintes, l’équipe de projet a su conserver l’essence même du lieu, tout en le réinventant pour répondre aux besoins actuels. « C’est une proposition entièrement contemporaine et adaptée aux besoins du client, préservant deux souvenirs du passé, à savoir, les salons décorés du sculpteur ornemaniste Jean Jaquet. Nous avons repensé la distribution des espaces pour créer une atmosphère contemporaine tout en préservant les éléments historiques qui font le charme de la villa », souligne Joana Eira Velha.

La juxtaposition d’éléments anciens et contemporains témoigne de la richesse et de la complexité de l’histoire architecturale du domaine Barton. Pour la cheffe de projet, la conservation de l’histoire va au-delà de la simple préservation des matériaux : « Parfois, il s’agit aussi de préserver des idées. »

©Magali Girardin

Un lieu intemporel

En conservant des concepts architecturaux soulignant l’orientation du bâtiment vers le grand paysage, l’équipe de projet a réussi à honorer l’héritage du domaine Barton. « La rénovation du site, soit de la villa et des pavillons, est ainsi bien plus qu’une simple restauration architecturale », s’enthousiasme Joana Eira Velha.

Pour Frédéric Crausaz, associé chez Crausaz Tremblay Architectes Sàrl et représentant du maître d’ouvrage, le projet est aussi le fruit d’un partenariat solide entre l’Institut et Complexe Bau : « Le fonctionnement en équipe a été un élément crucial et cette collaboration préexistante a certainement contribué au succès de l’ambitieuse rénovation. » Tout comme la coordination étroite entre architectes, ingénieurs et entreprises.

Lui aussi concède volontiers que l’équilibre entre préservation patrimoniale et modernisation a été une préoccupation constante. « La rénovation du site de Barton a présenté des défis uniques en termes de conservation du patrimoine, tout en répondant aux besoins contemporains.» Ainsi soulève-t-il la redistribution des espaces, notamment des salles classées des pavillons Gaillard, tout comme la valorisation des abords de la maison. « Le maintien des arbres et la rénovation des terrasses ont contribué à améliorer le cadre environnant. »

Un autre aspect important du projet a été la modernisation des systèmes énergétiques, avec notamment la mise en place de la géothermie par les Services Industriels de Genève (SIG). Une « attention au détail » permanente, qui permet au représentant du maître d’ouvrage d’évoquer avec enthousiasme l’évolution future du projet. « Je suis impatient de voir comment les espaces rénovés seront utilisés et adaptés par les occupants », déclare-t-il en conclusion.

Émeric Bellot, Chef de projet, entreprise totale Complex Bau AG

© Magali Girardin / Émeric Bellot

Émeric Bellot, de l’entreprise totale Complex Bau AG, est le chef de projet de la rénovation du domaine Barton. L’un des premiers défis techniques selon lui ? L’extension du niveau de sous-sol sous deux salles classées de la villa Barton. Émeric Bellot souligne : « Nous avons dû trouver des solutions créatives pour préserver l’intégrité de ces salles tout en réalisant l’extension. » Les photos illustrant cette prouesse témoignent de l’ingéniosité et de l’habileté qui ont été requises pour mener à bien ce projet.

Ces défis nous ont poussés à repousser nos limites et à trouver des solutions innovantes.

Outre les défis majeurs, l’équipe a dû faire face à une série de petits imprévus, comme la gestion des infiltrations d’eau dans le pavillon AJF. « Ces défis nous ont poussés à repousser nos limites et à trouver des solutions innovantes », confie le chef de projet. « Les échanges avec les autorités et les experts ont été cruciaux pour garantir sa réussite. La phase de construction a également été marquée par la passion de toute l’équipe pour le processus créatif. Ce que nous aimons dans la construction, c’est voir un bâtiment prendre forme et évoluer, pas à pas. »

L’ouvrage réceptionné fin 2023 par l’IHEID a été une source de satisfaction pour tous les acteurs impliqués. Bien plus qu’un simple projet de rénovation, le domaine Barton représente un défi technique et architectural, relevé avec brio par l’équipe de Complexe Bau AG, l’équipe d’architectes et de mandataires, et tous les corps de métiers qui ont œuvré à sa réalisation.

Daniel Grosso, Architecte et associé de CCHE

« Nous avons été sollicités pour répondre à la volonté du maître d’ouvrage, donc de l’IHEID, de revitaliser ce lieu chargé d’histoire », relève Daniel Grosso, architecte et associé du bureau d’architecte CCHE. Il expose les défis rencontrés lors de la rénovation, mettant en lumière l’importance de concilier les exigences du cahier des charges de l’IHEID avec la préservation du patrimoine architectural. « Nous sommes partis des volumes existants pour mesurer le potentiel et les possibilités qui s’ouvraient à nous », explique-t-il.

La composition harmonieuse entre la villa, les pavillons et le parc public environnant confère à cet endroit une qualité intrinsèque unique, en faisant un lieu apprécié par les promeneurs.

Pour lui, comme pour Joana Eira Velha, l’un des principaux enjeux consistait à découvrir l’état réel du bâtiment caché derrière les doublages et à s’adapter aux surprises rencontrées, tout en restant fidèles au cahier des charges initial de l’IHEID. Cette flexibilité s’est révélée être la clé du succès de la collaboration, permettant de surmonter les obstacles tout au long du processus de rénovation.

Daniel Grosso souligne également la prévalence du site dans le projet : « La composition harmonieuse entre la villa, les pavillons et le parc public environnant confère à cet endroit une qualité intrinsèque unique, en faisant un lieu apprécié par les promeneurs. » Parmi les défis techniques, l’architecte évoque l’importance qu’il y avait de préserver l’authenticité du site tout en le revitalisant.« Nous avons réussi à redonner vie à cet ensemble sans pour autant bouleverser son essence, répondant ainsi aux attentes de l’IHEID », déclare-t-il avec fierté.

Le succès du projet se mesure ainsi à la préservation de l’âme du domaine Barton. « Nous avons presque l’impression de ne pas être passés par là. » Le respect de l’histoire et la revitalisation du site ont ainsi permis de créer un lieu intemporel, où passé et présent se rejoignent harmonieusement.

© Magali Girardin / Daniel Grosso

David Gaymard, Directeur immobilier de l’IHEID

© Magali Girardin / David Gaymard

Situé à Genève, l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) est un institut universitaire de langue anglaise et française créé en 2008 par la fusion de deux instituts préexistants. Il a racheté le domaine Barton 2016. « Avant, nous étions locataires de la Confédération, mais nous n’avons racheté que le bâtiment.

Nous avons ainsi des droits de superficie sur les différents bâtiments, mais pas sur le parc », détaille David Gaymard, le directeur immobilier de l’IHEID, en précisant que le projet ne portait pas sur la revalorisation du parc lui-même. « Mais l’Institut continuera à avoir des discussions avec les services des espaces verts et la Ville de Genève, notamment pour faire perdurer la volonté des donateurs de l’époque de préserver tous les arbres. »

Le directeur immobilier de l’IHEID met en avant « l’emplacement unique » du domaine. « Dans ce Campus de la paix, entre les différents sites de la Maison de la paix – les résidences étudiantes de Picciotto, Grand Morillon, la Villa Moynier, Rothschild… – le domaine Barton est vraiment le site historique de l’institution. » Il ajoute que l’Institut et tous les alumni tenaient à voir vivre le site.

Dans ce Campus de la paix, entre les différents sites de la Maison de la paix… le domaine Barton est vraiment le site historique de l’institution.

« Les étudiants ont hâte de réintégrer les locaux. Lorsque l’on commencera à faire les visites avec tout le monde, je pense que ça va vraiment être quelque chose. » Ce qui est unique également pour David Gaymard, c’est la typologie des lieux : « La villa Barton trônant au centre, entourée par ces petits pavillons cachés au milieu des arbres, cela confère au lieu une dimension très charmante et atypique. »

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