Rénover : par où commencer ?
Rénover ne commence ni par un devis, ni par le choix d’une solution technique. Avant les travaux, il faut une méthode : comprendre le bâtiment, hiérarchiser les priorités, mesurer les risques, fixer un budget et organiser les étapes. Immoscope poursuit sa série consacrée à la rénovation. Nouveau volet : comment structurer concrètement son projet ?
Pour Marc Girelli, ingénieur et gérant de Bed’in Sàrl à Genève, tout part du fonctionnement réel du bâtiment. Un inconfort ponctuel ne justifie pas forcément une rénovation lourde ; un problème qui revient saison après saison devient, lui, un signal. Froid persistant, humidité, courants d’air ou surchauffe estivale doivent donc être pris au sérieux. Toutefois, « engager une rénovation parce qu’une entreprise propose une solution séduisante, ou parce qu’un voisin a réalisé des travaux similaires, constitue rarement un bon point de départ », avertit Marc Girelli.
Un bâtiment est complexe. Les problématiques énergétiques se résument rarement à un seul élément.
Olivier Mesple, architecte chez Atelier Mesple Architectes Sàrl, et Carmelo Stendardo, architecte co-fondateur et associé chez 3BM3 Atelier d’architecture, prolongent cette idée : une rénovation réussie ne se résume pas à une succession d’interventions ponctuelles. Elle vise à remettre le bâtiment en cohérence avec ce que l’on attend désormais de lui : davantage de confort, une meilleure performance énergétique, plus de sécurité, une durabilité accrue, des usages adaptés, sans oublier la qualité architecturale et la valeur patrimoniale.
Comprendre avant d’agir
La première étape ? Le diagnostic. Pour Olivier Mesple et Carmelo Stendardo, celui-ci doit être global. Rénover suppose de regarder ce qui se voit, mais aussi ce qui se cache derrière les murs, dans les gaines, sous les planchers ou dans les installations techniques. Cette approche évite de travailler à l’aveugle. Une intervention apparemment simple peut en effet entraîner des conséquences en chaîne. Changer des fenêtres, par exemple, peut impliquer des questions d’embrasures, de stores, de garde-corps, de raccords de façade, d’isolation ou de ventilation. Il est nécessaire de coordonner les dimensions architecturales, techniques, réglementaires et d’usage dès le départ.
Même l’énergie, pourtant centrale dans beaucoup de projets, ne doit pas devenir l’unique porte d’entrée d’une rénovation. « Un bâtiment est complexe. Les problématiques énergétiques se résument rarement à un seul élément », rappelle Marc Girelli. L’audit énergétique peut aider à objectiver la situation. Mais cet audit doit être replacé dans une analyse plus large du bâtiment, de son état, de ses usages et de ses contraintes.
Pour Olivier Mesple et Carmelo Stendardo, la phase initiale constitue aussi l’occasion de tester plusieurs scénarios. Avant de choisir une solution, il faut vérifier sa faisabilité, ses conséquences, ses coûts et son calendrier. Les subventions et le financement doivent également être examinés tôt, car ils peuvent influencer les choix techniques, les exigences à respecter, et l’organisation des chantiers. En PPE, cette réflexion est d’autant plus importante qu’elle conditionne parfois les appels de fonds, l’usage du fonds de rénovation ou la capacité à obtenir une décision collective.
Ce travail préparatoire débouche ensuite sur un cahier des charges. Celui-ci doit traduire à la fois les attentes du propriétaire et les priorités réelles du bâtiment : que faut-il traiter en urgence ? Que peut-on reporter ? Quels travaux doivent être coordonnés ? Quels spécialistes faut-il mobiliser ? C’est aussi à ce stade que se pose la question de l’accompagnement. Pour un simple rafraîchissement, un propriétaire peut souvent avancer seul. Mais dès que le projet devient complexe, le recours à des professionnels apparaît comme une sécurité. Selon les cas, il pourra s’agir d’un architecte, d’un ingénieur, d’un spécialiste énergie ou, en PPE, d’un administrateur capable d’organiser le dialogue avec les copropriétaires.
















