Un U lacustre et ludique
La Rade comme néo quartier de Genève. Un espace longtemps réservé à quelques plaisanciers, mais qui aujourd’hui est en voie d’être entièrement revalorisé. En quelques années, le littoral du bout du lac s’est transformé pour devenir l’un des lieux les plus prisés de la ville.
D’une superficie de 580 km2, le Lac Léman est le plus grand lac d’eau douce d’Europe occidentale. À son extrémité genevoise, la Rade, elle, est un espace de 32 hectares délimité côté ville par le pont du Mont-Blanc et côté lac par les jetées des Pâquis et des Eaux-Vives. Comme on n’est pas à quelques mètres près, pour cet article, on préférera s’attarder sur le périmètre du Petit Lac genevois qui, lui, s’étend jusqu’aux frontières du canton, Port-Choiseul d’un côté, Hermance de l’autre.
Boom lacustre
Si elle existe depuis 1857, la « Rade de Genève » a néanmoins dû attendre le tournant des années 2000 pour voir son attractivité grandir à un point tel que l’Office du tourisme genevois en a fait un point d’attraction majeur. Un « club de vacances » à ciel ouvert, rebaptisé « Geneva Resort City » dans une campagne où elle faisait la part belle à ses nouveaux pontons largement instagrammables. Longtemps les berges du lac sont demeurées sauvages avec de petits pontons dont l’un devint célèbre un certain 1er juin 1814. C’est au Port-Noir, en effet, situé alors un peu plus en amont sur la Commune de Cologny, qu’un premier contingent de Suisses débarqua sous les acclamations de la population genevoise. Cet acte symbolique marquait alors l’entrée de Genève dans la Confédération.

En quelques années, le littoral du bout du lac s’est transformé pour devenir l’un des lieux les plus prisés de la ville.
Historiquement, les pontons servaient à accoster aux rives. Aujourd’hui, ce serait plutôt le contraire avec ces structures qui fleurissent un peu partout et sous différentes formes. Circulaire, en longueur, flottant, voire en forme de cédille…
Une histoire de bouts de bois
Ce qu’on apprécie particulièrement, c’est le rapport à l’histoire qu’entretiennent les diverses constructions imaginées, à l’image du Port et de la Plage publique des Eaux-Vives (PPEV), ou encore de l’extension du Port de la Société Nautique de Genève (SNG). Instinctivement, elles renvoient à la notion des habitations lacustres, où l’on serait passé des pilotis d’époque aux pieux actuels. Dans un compte-rendu daté de 2019 dans un numéro de La Plage consacré aux interventions sur le contour du lac, l’ingénieur en génie civil Jacques Perret expliquait : « Au total, ce sont plus de neuf kilomètres de profilés métalliques et près de 6,50 m2 de caillebotis (plus de 3’300 pièces) qui ont été livrés et mis en place en à peine six mois. L’ensemble de ces éléments représente un poids total de plus de 360 tonnes. » Entre l’aménagement des plages, l’enrochement ou la construc-tion de structures « flottantes », on gagne du terrain tout en construisant de manière respectueuse et proportionnée.
Un terrain de jeux d’eau
Longtemps, deux camps ont semblé s’opposer. Les baigneurs des Pâquis sur la Rive droite, sur un site né en 1872 ; les estivants de Genève-Plage sur la Rive gauche, construite en 1932. Deux constructions emblématiques. Pour mémoire, les Bains des Pâquis, après avoir été construits d’abord en bois, puis agrandis en 1889 sur pilotis, furent reconstruits en dur en 1931-1932, après avoir bénéficié de l’ajout d’une structure en béton armé. Celle-ci venait couvrir une partie du môle pour améliorer l’espace de baignade. Deux institutions, puis plus grand-chose.
L’eau, élément aussi instable que navigable, devenue un bien commun tant ce plan ravit les adeptes de tous bords. Et la Rade a tout pour devenir l’espace central qu’elle a toujours occupé au cœur du canton.

Surtout, la ville semble être descendue de son piédestal qui semblait la condamner à regarder le Léman depuis les hauteurs des hôtels la bordant. Aujourd’hui, les quais sont occupés, parfois bondés, mais ils sont surtout vivants, ce qui se voit par jour de beau temps. Si Venise ou les villages bordant le lac de Côme ont les pieds dans l’eau, Genève est enfin en train de se mouiller les doigts de pied.
Pourtant, il n’y a pas si longtemps, l’eau du Léman pouvait faire peur. En l’an 563, en raison de l’effondrement d’un pan de montagne, le lac connut un tsunami dévastateur. Une vague de 13 mètres à Lausanne et de 10 mètres à Genève. Si à l’époque le littoral était moins développé, aujourd’hui, les risques d’un tsunami sont identiques, mais les dégâts seraient décuplés. Plus d’un million de personnes seraient concernées, contre 100’000 en 563… (lire Un tsunami sur le Léman – Tauredunum 563 de Pierre-Yves Frei et Sandra Marongiu, éd. EPFL PRESS).
À elle seule, la plage des Eaux-Vives, un espace entièrement gagné sur le lac, est prévue pour accueillir jusqu’à 8’000 personnes…
Genève, j’en rêve
Aujourd’hui, on se réjouit des séances relaxantes au Bain-Bleu, on profite des bains du Jet d’eau, on espère « Les Marches de Théia » qui, le long du quai Wilson, proposeront « de grands gradins en pierre, qui s’étendent dans l’eau par des bassins lacustres de différentes tailles, invitant tout un chacun à la pause contemplation ou à la simple trempette ».

Si on va plus loin sur cette rive, pensons à la prochaine refonte du Vengeron. Ou à la langue de terre de Port-Gitana, celle-là même où la baronne Julie de Rotschild faisait mouiller son yacht éponyme. Après avoir bénéficié d’un nouveau bassin circulaire composé d’importants morceaux de basalte qui en font une sorte de pataugeoire flottante, elle accueille désormais un charmant boutique-hôtel.
Aujourd’hui, le U lacustre est un petit précis d’architecture de poche. On peut citer le « pont flottant », un élément qui fait lien avec le projet « Au fil du Rhône » (voir Immoscope 191) et qui symbolisait le premier geste de réappropriation de l’espace aquatique avec une passerelle à fleur d’eau qui crée un lien tout en douceur. Il y a la passerelle mobile menant au Jet d’eau conçue par le bureau MID Architecture pour concilier passage des bateaux et flux des piétons. Il y a aussi le phare Yliam de l’entité Bureau de Daniel Zamarbide, un « projet [qui] confirme sa vocation d’infrastructure. Il refuse en quelque sorte la présence figurative, stéréotypique et architecturale bien éprouvée du phare iconique, pour la remplacer par une présence structurelle et infrastructurelle assise sur un paysage d’enrochements ».
Aujourd’hui, cette Rade est devenue une forme d’amphithéâtre à ciel ouvert.
Genève en rade ?
Aujourd’hui, cette Rade est devenue une forme d’amphithéâtre à ciel ouvert. Un quartier à part entière tant les projets viennent fleurir le U lacustre.
Comme indiqué dans la presse genevoise, le retour dans la Rade des catamarans à foils du championnat Rolex SailGP, initialement prévu pour n’être qu’une opération unique en 2025, a été confirmé pour les 19 et 20 septembre prochains. Genève remplace Saint-Tropez pour la seule étape qui se déroule en eau douce. Et où la Rade devient une véritable arène à ciel ouvert, « deux jours incroyables, portés par une ferveur populaire jamais connue en Suisse » selon Sébastien Schneiter, pilote du bateau-bolide suisse et enfant de la Rade né du côté d’Hermance.
Quand on vous disait que la Rade était devenue la nouvelle destination phare de la cité de Calvin.
Adrien Genier
Directeur général de Genève Tourisme & Congrès

« Si avant on tournait le dos au lac, aujourd’hui, on l’embrasse. »
Quelle est la mission de Genève Tourisme ?
Attirer les touristes puis les accueillir lorsqu’ils sont sur place. Notre mission est donc de « parler à l’extérieur », aux touristes. Raison pour laquelle nous sommes en contact avec plus de 550 médias internationaux chaque année. Sur place, nous nous adressons à une population d’à peu près 2 millions de personnes qui viennent sur Genève, mais dont on ne touche encore à peine que 5% du total.
Quelle est la place de la Rade dans Genève ?
Elle est centrale évidemment. C’est une image de carte postale, de jour comme de nuit, à tel point que nous avons choisi de la représenter sur les panneaux touristiques qui font l’éloge des monuments genevois. Elle fait partie intégrante de notre communication, au même titre que le Jet d’eau ou la Genève internationale.
Et la place de Genève dans le giron des villes européennes ?
S’il existe une Champion’s League des destinations touristiques (Paris, Barcelone, Madrid ou Vienne), Genève est encore en 2e ligue, aux côtés de villes comme Salzbourg, Malaga, Munich ou Cannes. Actuellement, nous avons une moyenne de 1.93 nuitées par touriste.
Et comment essayez-vous de faire évoluer les mentalités sur la destination « Genève » ?
Longtemps, nous avons été considérés comme une porte d’entrée sur les Alpes. L’objectif aujourd’hui est que Genève soit plutôt perçue comme un camp de base. Un espace d’expériences, une destination depuis laquelle il est possible de rayonner. En juillet, nous allons lancer Hello Geneva, une application dopée à l’IA qui permettra de proposer aux visiteurs une expérience hyperpersonnalisée.
Comment voyez-vous l’évolution de la Rade depuis votre prise de fonction, en janvier 2019 ?
Avec les différents aménagements qui ont accompagné notamment la plage des Eaux-Vives en 2020, elle a fait pivoter notre regard. Si avant on tournait le dos au lac, aujourd’hui, on l’embrasse. Je suis fan également de l’animation des bords du lac avec la multiplication des événements et des points de rencontre. C’est bon pour l’attractivité, et c’est selon moi symbolique de l’esprit de Genève.
Quel est votre spot préféré ?
Le parc des Eaux-Vives pour la vue apaisée qu’il offre sur le lac. Mais aussi la plage de la Nymphe, à Collonge-Bellerive. Été comme hiver, j’ai l’habitude d’aller m’y baigner 3 à 4 fois par semaine.
Genève en forme(s)
Genève, un territoire contraint de 282,3 km2. Une des 26 pièces du puzzle helvétique qui ne tient que par une frontière de 4 km avec le voisin vaudois. Un canton aujourd’hui en pleine mutation. À la recherche de nouveaux horizons et de nouveaux espaces.














