Propriétaires de plus de 50 ans : quel rapport entretiennent-ils avec leur logement ?

18 décembre 2019
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HEV Suisse s’est associé à la Haute école zurichoise de sciences appliquées (ZHAW) et à l’Office fédéral du logement pour savoir quelle importance la génération des plus de 50 ans accorde à la propriété. Une étude
a donc été menée auprès des membres du HEV de plus de 50 ans, propriétaires de leur logement. En voici les principales conclusions.

Un bien immobilier, synonyme de souvenirs

La valeur émotionnelle du bien est évaluée à l’aide des souvenirs qui y sont attachés. Ils sont façonnés par les événements de la vie qui ont eu lieu dans le logement, en particulier si des enfants y ont vécu ou si des fêtes de famille y ont été organisées.

La valeur émotionnelle d’un bien augmente avec la durée d’occupation

La durée d’occupation du logement joue un rôle important : plus elle augmente, plus les souvenirs s’accumulent et plus la valeur émotionnelle est élevée. Lorsque cette durée d’occupation est de cinq ans au plus, seules 22% des personnes interrogées indiquent avoir des souvenirs liés à leur logement. En revanche, plus de 70% de ceux qui habitent dans leur logement depuis plus de 25 ans expliquent que des souvenirs y sont rattachés ; ce résultat atteint même 82% chez ceux qui occupent leur habitation depuis plus de 40 ans. La valeur émotionnelle du logement a son importance puisqu’elle va être déterminante pour décider de l’avenir de son bien. En effet, elle joue un rôle majeur lorsqu’il s’agit de vendre ou de transmettre son logement. Seuls 26% des propriétaires interrogés sont disposés à le vendre. En revanche, ils sont en moyenne 71% à se dire prêts à léguer leur bien à leur(s) enfant(s).

Bien hérité : une valeur émotionnelle plus élevée

Si le logement a été obtenu dans le cadre d’une succession, la disposition à vendre chute à 16%, tandis que la disposition à transmettre son bien à ses enfants augmente fortement pour atteindre 88%. Les relations avec le voisinage impactent aussi la prise de décision : si la personne a de nombreux amis dans le voisinage, sa disposition à vendre n’est plus que de 22% contre 36% si la personne n’a que peu, voire pas d’affinités, avec ses voisins. Par ailleurs, certains événements de la vie peuvent inciter à se séparer de son logement. Environ 38% des personnes interrogées envisagent de vendre leur bien en cas de décès du partenaire, 48% en cas de situation de perte d’autonomie. Au final, les motifs financiers jouent généralement un rôle mineur dans la décision de vendre. C’est donc un lien émotionnel fort qui relie les propriétaires à leur logement.

Comment sont-ils devenus propriétaires ?

Beaucoup de jeunes Suisses rêvent de posséder leur propre maison. Chez les 16–25 ans, huit personnes sur dix aimeraient devenir un jour propriétaires. Afin de simplifier l’achat d’un logement, divers programmes de promotion de l’accession à la propriété ont été mis en place. À titre d’exemple, les avoirs de prévoyance et ∕ou du pilier 3a peuvent être utilisés pour l’acquisition de biens immobiliers (versement anticipé ou mise en gage).

L’utilisation des fonds de prévoyance est en hausse

En moyenne, 71% des personnes interrogées ont déclaré n’avoir utilisé aucun fonds de prévoyance. 15% des personnes interrogées ont utilisé les actifs de la caisse de pension, tandis que 9% ont utilisé les fonds du pilier 3a. Seuls 5% des personnes interrogées ont mobilisé à la fois la caisse de pension et le pilier 3a pour l’achat de biens immobiliers. Les résultats de l’étude démontrent que l’utilisation des avoirs de pension varie considérablement d’une tranche d’âge à l’autre. Alors que 9% seulement des personnes âgées de 75 ans ou plus ont utilisé l’argent de la caisse de pension et/
ou du pilier 3a pour acheter des biens immobiliers, ce chiffre atteint 50% chez les 50-54 ans. Cet écart important s’explique certainement par le fait que l’épargne-retraite du pilier 3a ne peut être utilisée que depuis 1990 et celle du 2e pilier depuis 1995.

Transmettre son logement à ses enfants

La question de l’accession à la propriété se pose généralement au moment de fonder une famille ou lorsque l’on atteint une certaine stabilité professionnelle. Comparée à la location, la propriété a de nombreux avantages et offre plus de liberté : le logement acquis peut être aménagé ou transformé selon ses goûts, au gré de l’agrandissement de la famille. Mais, une fois que les enfants ont grandi et déménagé, la propriété devient tout à coup trop grande pour ceux qui restent. Avec l’âge, son entretien régulier devient également plus difficile, ce qui peut inciter à vendre pour déménager dans un logement plus petit.

Léguer ou vendre ?

Pour traiter de la question successorale, seules les personnes possédant une propriété résidentielle et ayant au moins un enfant ont été interrogées dans le cadre de cette étude. L’enquête montre qu’environ 27% des propriétaires interrogés seraient prêts à vendre leur bien. La volonté de le léguer, par contre, est d’environ 71% soit presque trois fois plus élevée que celle de vendre.

Différents facteurs émotionnels entrent en jeu :
Origine de l’achat : si la propriété était déjà un héritage, la volonté de léguer le bien est particulièrement élevée : environ 88% contre 69% pour un bien nouvellement acquis.

Souvenirs : si beaucoup de souvenirs sont rattachés au bien et que celui-ci a donc une forte valeur émotionnelle, il est plus probable que l’appartement ou la maison soit légué. Environ 75% des personnes interrogées se disent prêtes à transmettre leur bien à leur(s) enfant(s).

Succession : le nombre d’enfants joue-t-il un rôle ?

Plus le nombre d’enfants susceptibles d’hériter est élevé, moins le parent est disposé à léguer sa maison. Dans le cas des personnes ayant un seul enfant, environ 77% d’entre elles souhaitent transmettre leur bien. Parmi celles qui ont plus de trois enfants, seuls 60% environ sont encore prêts à léguer leur bien. Ce résultat en baisse peut tenir au fait que les parents sont conscients qu’une division ou un partage égal de l’héritage entre plusieurs frères et sœurs peut donner lieu à des litiges.

La progéniture veut-elle hériter ?

Le désir de transmettre leur bien est fort chez les parents. Mais les enfants veulent-ils réellement hériter ? Seuls 31% des enfants uniques aimeraient devenir propriétaires de leur logement. Une tendance similaire se dégage chez les propriétaires interrogés ayant deux enfants : environ 32% des parents interrogés ont déclaré qu’au moins un des deux enfants aimerait un jour hériter de la maison. Parmi les propriétaires interrogés ayant trois enfants, la probabilité d’une prise de contrôle est plus élevée : environ 36% des personnes interrogées ont déclaré qu’au moins un des trois
enfants reprendrait le domicile parental.

Disparité entre l’héritage et les héritiers

Pourquoi un tiers seulement des enfants veulent-ils hériter de la maison de leurs parents ? Probablement parce que de nombreux enfants ont déjà grandi et mènent leur propre vie. Certains ont fondé une famille et sont déjà propriétaires. De plus, leur situation professionnelle ne leur permet pas toujours de reprendre la maison de leurs parents. Leur situation financière joue aussi un rôle. D’une part, il faut être en mesure de payer le logement. D’autre part, l’enfant qui prend la relève doit pouvoir payer ses frères et sœurs.

Prévoir une planification successorale

S’il y a un désir de transmettre la propriété à son ou ses enfants, il est important dans un premier temps d’en discuter en famille pour déterminer les besoins et attentes de chacun. Si un ou plusieurs enfants souhaitent hériter du bien, il faut déterminer très tôt lequel héritera du bien et comment les autres enfants de la succession seront considérés. Une planification prévisionnelle de l’héritage n’est pas seulement utile, elle est aussi indispensable pour maintenir la paix familiale.

Toutefois, si la propriété doit être vendue, il faudra trouver un acheteur et une nouvelle propriété à acheter ou à louer. Une planification successorale anticipée sera donc nécessaire dans tous les cas.

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