Retour sur l’Assemblée Générale

29 juin 2023
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L’Assemblée générale de la CGI a fait salle comble le 16 mai dernier. Au programme de cette 103ème édition : un changement de présidence, une actualité politique chargée et un invité de marque : le Dr Bertrand Piccard.

Plus de 300 personnes étaient présentes au Théâtre de l’espérance pour assister à la 103ème Assemblée générale de la CGI, présidée par Nicolas Grange. Comptes à l’équilibre et temps forts 2022 ont rythmé le premier volet de la partie statutaire.

Christophe Aumeunier, secrétaire général, et les membres du comité ont tenu à rendre un hommage appuyé à Thierry Barbier-Mueller, membre du comité et ancien président de la Chambre, décédé subitement le 24 janvier dernier.

Le second volet de l’assemblée statutaire a permis de faire le point sur une activité politique particulièrement dense. En effet, début 2023 aura été marqué par les élections au Grand Conseil et au Conseil d’Etat. Pour rappel, neuf des onze candidats soutenus par la CGI ont été élus au Grand Conseil. Anne Hiltpold, élue au Conseil d’État, quittera ses fonctions de secrétaire générale adjointe de la Chambre fin mai, après seize années au sein de l’association.

Nicolas Grange et Christophe Aumeunier ont également fait le point sur les nombreuses actualités politiques et sujets de votations qui attendent les propriétaires dans les mois à venir et qui nécessiteront une forte mobilisation : des votations du 18 juin, avec notamment la LEFI, aux modifications de la loi PAV, sans oublier les élections fédérales.

L’Assemblée a ensuite procédé aux élections statutaires. Arrivé au terme de ses deux années de mandat, Nicolas Grange a cédé sa place à Stéphane Penet, précédemment président du GPA. Diane Barbier-Mueller a été nommée vice-présidente du comité, qui compte un nouveau membre en la personne d’Alexandre Ayad, désormais président du GPA.

La partie statutaire a été suivie d’une allocution de Mauro Poggia, Président du Conseil d’État.

Nicolas Grange a ensuite passé la parole au docteur Bertrand Piccard, psychiatre, explorateur, environnementaliste et, surtout, invité spécial de la Chambre pour la 103ème édition de son assemblée générale.

Bertrand Piccard, invité de la Chambre : l’homme aux 1500 solutions pour sauver la planète

Véritable visionnaire en matière d’écologie, Bertrand Piccard a détaillé, lors d’une démonstration magistrale, comment la fondation qu’il a créée et qu’il préside avait éprouvé plus de 1500 solutions pour sauver la planète.

« Je ne suis ni pessimiste ni optimiste face aux enjeux environnementaux », a-t-il déclaré devant l’assemblée de la CGI. Cet homme des défis – il est le premier à avoir fait le tour du monde en ballon et en avion solaire – se revendique réaliste.

C’est d’ailleurs cette approche pragmatique qui fonde son engagement et son diagnostic sans appel : « Le futur ne peut pas être une extrapolation du passé. Reproduire des comportements d’autrefois, s’enliser dans de vieux schémas, relève de l’hérésie ». Et d’ajouter qu’en aucun cas, cette forme de paralysie ne peut endiguer les maux dont souffre une planète qu’il a survolée lors de ces explorations. En clair, les politiques et les citoyens doivent penser et agir autrement.

C’est du côté de la technologie que cet héritier d’une lignée de scientifiques et d’inventeurs se tourne : « L’histoire de l’aviation en est l’illustration parfaite. Pendant deux siècles, les experts ont prouvé que voler était scientifiquement impossible puisque tout appareil était, de fait, plus lourd que l’air. Une vérité qui pourtant a fini par être ébranlée par le développement des connaissances et donc la rupture d’un vieux paradigme. La vitesse pouvait parer à cette loi. » Et ce sont bien des croyances obsolètes ou religieuses qui ont freiné l’avènement de l’aviation, affirme-t-il encore.

« Je ne suis ni pessimiste ni optimiste face aux enjeux environnementaux. »
Bertrand Piccard

Il y a fort à parier, selon lui, que les Égyptiens de la période antique étaient capables de fabriquer des structures propres à se déplacer dans les airs, mais qu’à cette époque, « voler était réservé aux dieux ». Et de citer le cas de son arrière-grand-père Jules Piccard : « Lorsqu’il a introduit le premier téléphone à l’Université de Bâle – où il exerçait en qualité de professeur – ses pairs se sont esclaffés. Un tel équipement ne pouvait avoir un quelconque avenir. La multiplicité des câbles, nécessaires à la liaison d’un lieu à un autre, constituait un frein à cette technologie. Et puis, un ingénieur hongrois a créé la première centrale téléphonique ».

Bertrand Piccard en est certain, la société actuelle est prisonnière de certitudes erronées. Il sait de quoi il parle. Il a essuyé maintes fins de non-recevoir quand, il y a vingt-cinq ans, il a voulu réaliser le tour de la planète sans escale. Mais l’explorateur était pugnace. Même lorsque les grands constructeurs de l’aviation lui ont démontré, schémas à l’appui, que son pari était irréalisable. Pour que son appareil réussisse une telle prouesse, il fallait qu’il soit muni d’ailes interminables et très légères. « Je disposais d’un croquis de l’avion solaire. Mais avec les membres de l’équipe qui avait planché sur le projet, nous nous sentions impuissants, à l’instar de Dumbo. Le petit éléphant complexé par ses grandes oreilles jusqu’au jour où il a réalisé qu’elles lui permettaient de voler », explique-t-il.

Alors, face aux résistances du monde aéronautique, Bertrand Piccard a contacté des chantiers navals. Et c’est, selon la formule consacrée, « parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, qu’ils l’ont fait ». Le premier avion à pouvoir effectuer un tour du globe sans carburant ni émission polluante pendant le vol allait voir le jour. Étonnement, aucun sponsor issu du monde de l’aviation n’a voulu mettre la main au portefeuille. « Ce sont des fabricants d’ascenseurs, des sociétés d’assurances, les Services industriels de Genève qui ont apporté leurs contributions financières », souligne Bertrand Piccard. 

 

« Aujourd’hui nous avons répertorié plus de 1’500 solutions afin que les décideurs politiques et économiques puissent adopter des programmes énergétiques énergétiques et environnementaux visant la neutralité carbone. »
Bertrand Piccard

La cause environnementale se heurte in fine aux mêmes embûches que celles rencontrées par le père de Solar Impulse : une incapacité à changer de prisme. « Pendant cinquante ans, l’écologie était présentée comme une cause onéreuse et sacrificielle. Dans ces conditions, comment faire adhérer le plus grand nombre à une cause nécessaire ? », indique-t-il. C’est pourquoi il a décidé de déplacer le curseur en devenant l’un des premiers à appréhender l’écologie sous l’angle de la rentabilité, postulant que la résolution du changement climatique, plutôt qu’un problème coûteux, était une formidable opportunité de marché. C’est là le cœur de son combat : démontrer l’absurdité des dispositifs et systèmes obsolètes et polluants encore utilisés et promouvoir les avantages des technologies efficientes qui existent déjà.

De la parole aux actes

Si Bertrand Piccard est un orateur hors pair, il n’en est pas moins un homme d’action. Pour faire face aux défis écologiques sans scléroser le développement économique, il a rassemblé au sein de la Fondation Solar Impulse des professionnels de tous horizons, œuvrant en faveur d’énergies renouvelables et de technologies propres. L’objectif ? Proposer 1000 solutions efficientes et rentables pour protéger l’environnement. «  Aujourd’hui nous avons répertorié plus de 1500 solutions afin que les décideurs politiques et économiques puissent adopter des programmes énergétiques et environnementaux visant la neutralité carbone », conclut-il.

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Édito

Chère Anne : bon vent !

C’est le 1er novembre 2006 que tu as commencé à travailler à la Chambre en qualité de titulaire du brevet d’avocate. Immédiatement, ce poste t’a convenu et ton énergie et tes compétences ont largement profité aux nombreux propriétaires que tu as défendus et conseillés avec une grande intelligence.
Christophe Aumeunier
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