La villa Brocher : un havre propice aux réflexions des chercheurs

10 février 2021
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Créée par Jacques et Lucette Brocher, la fondation éponyme s’est donné comme objectif d’accueillir les scientifiques du monde entier dans une vaste propriété de 30’000 mètres carrés située sur les rives du lac Léman. La villa, pièce maîtresse de la propriété, avait cependant besoin d’une rénovation en profondeur.

Construite en 1884 par Georges Ponselles et sa femme Blanche, la bâtisse appelée aujourd’hui villa Brocher présente un intérêt majeur en tant que témoin du passé de la commune d’Hermance. Son architecte Emile Reverdin imagina un édifice dans le style du chalet normand tel qu’il était à la mode à l’époque. L’ouvrage se distingue surtout par son décor très typique, avec un rez-de-chaussée doté d’une façade en brique polychrome étayée par des joints rubanés apparents. Le premier étage, en revanche, est décoré à l’extérieur par un colombage appliqué contre la façade. Une tourelle est intégrée dans un angle du bâtiment. Enfin, la toiture est couverte d’ardoises tirées d’une carrière située, à l’époque, à l’autre extrémité du lac Léman.

Un bâtiment à l’abri de toute rénovation massive

Il y a longtemps que le Conseil de la Fondation Brocher désirait restaurer la villa, dont la fondation a hérité en 1999, sachant que la principale difficulté rencontrée dans le cadre de cette rénovation résidait dans la vétusté de la bâtisse. Cette dernière était restée inhabitée durant très longtemps et s’était sensiblement dégradée depuis le décès de Lucette Brocher, en 1996.

À l’origine, la villa devait servir de centre de conférences et abriter des bureaux destinés à la gestion de la fondation.

Cette option a cependant été abandonnée en raison de l’importance des transformations qu’elle aurait nécessitées, d’autant que la nature de la maison en tant que témoin architectural a très tôt attiré l’attention du service des monuments historiques. Celui-ci avait décrété que, lors de toute opération de restauration, il fallait impérativement conserver l’esprit de la bâtisse et tous les éléments d’origine qui pouvaient l’être.

Composer avec le passé en intégrant la modernité

Les anciens murs en tuf et en briques procuraient un pouvoir isolant convenable au premier et deuxième étage. Étant constituée d’un épais mur porteur en pierre de Meillerie, la maçonnerie du rez-de-chaussée présentait également une qualité isolante satisfaisante. Il fallut pourtant remplacer un certain nombre de briques de parement qui n’avaient pas résisté aux assauts du temps. Les artisans chargés de ce travail choisirent, là où c’était possible, de couper les anciennes briques en deux et de reposer la partie sectionnée vers l’extérieur pour reproduire l’aspect avec le maximum de fidélité. Enfin, les joints rubanés furent refaits en respectant le coup de main traditionnel, mais en ne leur laissant plus autant de proéminence afin de les protéger de l’usure due au vent et aux intempéries.

Assurer des commodités accrues aux usagers

Le confort de la villa était au cœur de la rénovation. Pensée à l’origine comme maison d’été, la demeure était dotée de chambres qui étaient toutes chauffées par de charmantes cheminées à foyer ouvert. Un chauffage central au charbon, puis au mazout, a été installé en 1918. Pour des raisons de gestion rationnelle de l’énergie, un nouveau chauffage central à basse température a remplacé l’ancienne installation lors de la récente rénovation. Toujours dans le but d’améliorer le confort des usagers des lieux, des salles de bain ont été construites dans la majorité des chambres à coucher. Les salles de bain d’origine ont été partagées en deux. Les autres ont été installées dans les chambres quand la dimension de celles-ci le permettait. En définitive, seules deux chambres doivent partager un local sanitaire commun sur le palier.

Malgré leur charme, les anciens radiateurs, trop vétustes pour être récupérés, ont été remplacés par des corps de chauffe modernes et plus efficaces. Un seul des anciens radiateurs en fonte a été conservé dans l’entrée comme témoin de cette époque. Il faut dire que les autres corps de chauffe intéressants étaient masqués par des cache-radiateurs et, de ce fait, ne contribuaient pas au charme des lieux.

Une ventilation forcée à double flux a été installée dans le bâtiment pour assurer son aération. L’air vicié est aspiré du bas vers le haut et l’air frais est pulsé vers le bas au travers des anciens canaux des cheminées, qui ont été désaffectées pour des raisons de sécurité. De plus, les anciens canaux de ventilation ont été utilisés comme gaines techniques pour l’électricité et le chauffage, ce qui a permis d’éviter de créer des courettes dans les locaux.

Une toiture grouillante de vie nocturne

Il n’a malheureusement pas été possible de retrouver des plaques posées en façade de la même origine, car la carrière de tuf d’où elles avaient été extraites n’est plus en exploitation. Une importante partie de la charpente a dû être remplacée en raison de son état avancé de délabrement. Il en est allé de même de l’ensemble des ardoises du toit, qui ont toutes dû être remplacées.

La sous-toiture n’a pas été isolée, contrairement au plafond du deuxième étage. Dans l’espace compris entre ce plafond et la charpente, il a aussi fallu prendre soin de la colonie de chauves-souris qui y étaient installées de longue date – en l’occurrence des murins à moustache extrêmement rares en Suisse – pour ne pas les déranger et préserver leur habitat. Il a surtout fallu traiter la charpente avec des produits écologiques pour ne pas risquer d’empoisonner ces animaux nocturnes, sans compter que les charpentes actuelles, rabotées, ne sont pas assez rugueuses pour que ceux-ci puissent s’y accrocher sans glisser.

Accroître les capacités d’hébergement

Les plus récentes transformations entreprises sur la propriété qui abrite la villa Brocher remontent à 2014. Elles touchent d’autres bâtiments que la villa. Trois studios ont été créés dans le garage et cinq chambres au premier étage de celui-ci. Une salle de réunion a en outre été aménagée au sous-sol. Cela permet d’accroître les espaces proposés aux scientifiques venus des quatre coins du globe pour leur offrir une résidence plus agréable sur les rives du Léman. Le jardin a été refait, la roseraie a été rénovée et des vasques ont été créées par moulage, au moyen de moules en silicone, à l’image d’anciens modèles retrouvés sur place.

Le magnifique parc qui entoure la villa a également été réaménagé. Quelques arbres menaçant de s’abattre ont été remplacés par des plantations mieux adaptées aux conditions climatiques de la campagne genevoise. Les allées ont été réaménagées et les plates-bandes plantées de fleurs d’agrément. D’autres rénovations sont encore prévues sur le domaine, en particulier celle du hangar à bateau. Ce dernier nécessitera d’importants travaux compte tenu de son état et de sa localisation toute proche du lac, qui le rend très sensible aux assauts du vent et des vagues qui éclaboussent les rives.

LES ARCHITECTES DE LA RÉNOVATION

Chargés de la lourde tâche de diriger les travaux de restauration en février 2008, Stéphane Agazzi et Carlos Hans-Möevi, du bureau A&HM architectes, ont déposé leur projet à l’automne de la même année. Les travaux ont commencé début 2009. Il n’était pas question d’entourer la demeure d’une isolation périphérique, ni même d’intervenir à l’intérieur des pièces en raison des boiseries qu’il fallait préserver. « La substance originale sera pour des générations futures le témoin du passé », a souligné à ce sujet Stéphane Agazzi lors de l’achèvement des travaux de rénovation. « L’ensemble de la rénovation a globalement très bien vieilli », souligne aujourd’hui Carlos Hans-Möevi.

Seule la barrière de la terrasse donnant sur le lac n’a pas tenu les promesses du fournisseur. Vendu pour présenter une qualité équivalente à du vieux chêne résistant à l’humidité ambiante des lieux, son bois a dû être remplacé récemment par une essence réellement imputrescible. « La villa est très exposée au lac, ce qui la rend très sensible aux intempéries », relève Carlos Hans-Möevi. Il faut dire que la vue que l’on a depuis la terrasse de la villa sur le lac et le parc est magnifique. Si l’on veut en profiter pleinement, il faut en payer le prix. « Nous avons choisi des entreprises qui disposent de compétences très pointues dans les travaux de rénovation et qui ont la sensibilité voulue pour appréhender et résoudre ce type de problème », notait Stéphane Agazzi, lors de l’achèvement de la rénovation. « On est pourtant souvent confronté à un paradoxe : ces maisons ont été construites à une époque où l’on avait le temps. C’étaient les matériaux, et non la main-d’œuvre, qui étaient onéreux. »

Rétrospectivement, l’architecte Carlos Hans-Moëvi indique qu’il s’agissait là d’une superbe expérience : « La particularité de ce chantier a nécessité de trouver des techniques contemporaines à des solutions anciennes ». Il souligne qu’il faut très souvent opter pour des critères spécifiques, conjointement avec les services de préservation des monuments historiques. C’est en particulier pour cette raison que les fenêtres du rez-de-chaussée, bien visibles de l’extérieur, ont été entièrement refaites à neuf et que les autres ont été remplacées.

 

Photo de couverture : © Fondation Brocher

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