Le quartier de la Roseraie

29 août 2018
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Entourée des quartiers de Champel à l’est, de la Cluse au nord et de l’Arve au sud-ouest, la Roseraie porte un nom bucolique qui rappelle bien son passé. Le bâti fondamental du quartier n’a pas beaucoup changé depuis un siècle, tout comme le caractère populaire du quartier. Il n’en reste pas moins que ce sont ses grandes artères, surtout celle de Carouge où passe toujours le tram, qui lui confèrent l’essentiel de son animation.

Le quartier de la Roseraie est traversé de façon longitudinale par trois grandes artères orientées du nord au sud : la rue de Carouge, le boulevard de la Cluse et l’avenue de la Roseraie, qui a donné son nom au quartier. Celui-ci a longtemps servi de zone tampon entre la Cité de Calvin et Carouge la Savoyarde. L’histoire de ses ponts est imprégnée des relations commerciales que les paysans entretenaient pour approvisionner les tables genevoises. Mais ce quartier a une histoire et un destin intimement liés à ceux de ses quartiers voisins, que ce soit celui de Champel, de la Cluse ou des Minoteries.

Ils ont en effet tous appartenu, jusqu’à une période encore récente (1930), à la Commune de Plainpalais avant le rattachement de celle-ci à la ville de Genève que les citoyens genevois décidèrent lors d’une votation cruciale pour la vie politique locale. Le principal vestige tangible de cette époque est constitué par la mairie de Plainpalais, située au boulevard du Pont d’Arve, devenue le musée du Vieux Plainpalais. Animé par une équipe d’historiens bénévoles et passionnés, il abrite tous les documents et souvenirs de cette époque.

Avec une frontière formée par les rives de l’Arve sur son flanc sud, le quartier de la Roseraie a aussi servi par le passé de poumon vert, de terres de jardinage et de maraîchage pour les Genevois. Les noms des rues en sont les dignes témoins : ils rappellent que l’on y trouvait une ferme, de l’aubépine, des peupliers. Et les écologistes ne sont pas laissés pour compte, puisqu’il y a même une rue verte. La transformation des produits agricoles n’est pas loin, avec la proche rue des Minoteries, qui forme un nouveau quartier depuis que s’est développé sur ces lieux un vaste complexe immobilier.

Une bouffée d’oxygène à deux pas de la frénésie citadine

© Magali Girardin

Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la rue de Carouge, bordée d’immeubles de six à dix étages, en bifurquant perpendiculairement en direction de Champel, le paysage urbain du quartier de la Roseraie se métamorphose. On voit alors apparaître des immeubles locatifs de deux à trois étages. L’arborisation des rues et des jardins s’étoffe. D’anciennes villas cossues se dressent comme autant de témoins d’une époque révolue. Le sentier de la Roseraie – pour ce qui est de sa partie partant du chemin du Châtelet – est bucolique à souhait pour les amoureux du calme et de la nature. Un seul coup d’œil dans son enfilade a de quoi faire oublier la fureur de la ville. Une fois que l’on atteint l’avenue de la Roseraie, on tombe sur de beaux immeubles accolés à la colline arborée menant au plateau de Champel.

Construit sous l’égide d’une fondation vouée au logement social, nous voici devant le dernier des nouveaux bâtiments locatifs qui ont été érigés en bas de l’avenue de la Roseraie. S’élançant sur six niveaux et disposant d’un parking souterrain, il comprend 36 appartements sur une surface de plancher brute de 5700 mètres carrés. Conforme aux critères HBM définis pour obtenir un appui de l’Etat, sa façade et ses balcons qui donnent sur l’avenue de la Roseraie présentent un aspect assez simple. Il en va tout autrement des deux récents immeubles de logement situé en dessus de celui-ci. D’apparence plus esthétiques, leurs balcons habillent les façades donnant sur l’axe routier, le tout dans une expression plus achevée et recherchée.

Un lieu de cure pour les malades depuis la nuit des temps

Située à l’ouest du quartier, sur les rives de l’Arve, la rue de la Maladière – nom que l’on donnait en son temps aux lieux où l’on regroupait les malades et autres lépreux – rappelle bien qu’à l’époque, les bains jouaient un rôle majeur dans la guérison de la population. Venant des sommets enneigés et immaculés, les eaux de la rivière étaient considérées comme ayant des vertus curatives. Rien d’illogique, donc, à ce que cette spécificité soit restée ancrée dans la vocation du quartier à se consacrer au bien-être de la population genevoise.

En remontant le boulevard de la Cluse et l’avenue de la Roseraie, on pénètre dans le royaume de la santé. A la limite avec le quartier de la Cluse, on rejoint la nouvelle maternité, la clinique d’ophtalmologie avant de tomber sur l’hôpital universitaire de Genève (HUG).

La Tulipe © Magali Girardin.

Au numéro 64, il n’est pourtant pas possible de passer sans s’arrêter en face d’un étrange bâtiment qui abrite la Fondation pour recherches médicales. Appelé « La Tulipe », cet étonnant chef-d’œuvre en forme de fleur conçu par l’architecte Jack V. Bertoli dans les années 70 est une pièce unique du paysage architectural genevois. Il a malheureusement mal vieilli et sa structure est attaquée par la carbonatation (un phénomène aussi appelé « cancer du béton »).

La maison de naissance de la Roseraie

Meline Leca, sage-femme © Magali Girardin.

Ouverte en 2012 à l’initiative d’un groupe de sages-femmes convaincues par les bienfaits de l’accouchement selon des méthodes traditionnelles, cette maison de naissance avait 83 naissances à son actif en 2017. Un chiffre relativement modeste si on le compare à celui des accouchements effectués en milieu hautement médicalisé, quoique en constante augmentation.

« Nous ne faisons pas concurrence aux hôpitaux, nous avons un rôle complémentaire », reconnaît Méline Leca, sage-femme coresponsable des soins et responsable des lieux, une fonction que chaque sage-femme occupe à tour de rôle dans la maison. « Les femmes désireuses d’accoucher naturellement viennent chez nous en début de grossesse et nous prenons le relais du gynécologue si la grossesse est physiologique », précise-t-elle. Elles découvrent alors une belle villa de style 19e siècle implantée dans un parc très accueillant que l’on peut surtout admirer depuis la magnifique terrasse vitrée.

En plus des salles d’accueil, de consultation et de réunion, le bâtiment de trois étages dans lequel les femmes sont reçues comprend deux salles de naissance et deux chambres post-partum destinées à accueillir la famille à l’issue de l’accouchement. Les femmes enceintes y reçoivent des conseils et peuvent y suivre des cours de préparation à l’accouchement – selon leur désir, en mode conventionnel, sous hypnose ou grâce au yoga – avant que leur enfant n’arrive à terme. La collaboration avec la maternité est excellente.

Si un accouchement s’avère difficile, les femmes sont immédiatement transférées à la maternité toute proche, ce qui assure un haut niveau de sécurité dans la prise en charge des mères. La Maison de naissance est aménagée de manière à ce que les femmes puissent séjourner pendant quelques jours après leur accouchement, car elles apprécient profiter de son infrastructure pour récupérer dans un tel cadre tout en étant accompagnées et conseillées dans les premiers jours de la vie de leur enfant.

En plus de leur métier de sage-femme, les intervenantes peuvent y exercer leurs spécialités, par exemple l’acupuncture, le yoga prénatal ou le conseil en lactation. « Notre principal défi consiste à conserver cet endroit privilégié pour les femmes, mais aussi de leur permettre d’opter pour la naissance selon une méthode naturelle », conclut Méline Leca.

Francine Premet, créatrice de bijoux

Francine Premet © Magali Girardin.

Après avoir suivi une formation de bijoutière aux Arts Déco de Genève, Francine Premet a commencé par présenter ses œuvres dans des expositions temporelles qui se tenaient au cœur de la campagne genevoise. Puis elle est venue s’installer comme créatrice dans une arcade de la rue de Carouge en 1987. Aujourd’hui, sa principale activité consiste surtout à réparer et transformer toutes sortes de bijoux. Il faut dire que la concurrence chinoise a fondamentalement modifié le comportement des acheteurs, mais un vent de renouveau semble souffler sur l’exercice de ce métier.

Les clients retrouvent le désir d’acquérir des objets de qualité en dépit de tout ce que l’on peut trouver sur Internet.

La bijoutière se considère un peu comme une architecte de la joaillerie, faisant appel à d’autres artisans, spécialistes de l’art de sertissage des pierres, de lapidage du métal, de gravure et dorure des pièces. Si l’on veut obtenir des pièces de qualité, chaque corps de métier nécessite un savoir-faire très pointu, seul garant d’une œuvre d’art réussie. Assise derrière son établi, on voit qu’elle défend ce principe dur comme fer, s’opposant aux bijoux de piètre qualité produits en série à l’autre bout de la planète.

Ce phénomène est apparu sur le marché au milieu des années 90 et l’inonde à large échelle depuis l’an 2000. « Souvent, les fabricants chinois utilisent des matériaux de faible épaisseur qui déprécient leur valeur », souligne-t-elle. Après ce creux de la vague, elle perçoit un renversement de tendance. « Les gens commencent à investir dans les bijoux », se réjouit-elle. Elle a décroché plusieurs commandes depuis le début de l’année pour des créations exclusives sorties de ses mains. Cela la réconforte dans son choix de s’être installée en dehors des grandes artères marchandes, là où les loyers sont inabordables pour les petits artisans et où seules les grandes marques ont les moyens d’y apposer leur nom.

 

Le Centre d’accueil pour personnes migrantes, dédié aux échanges et à la formation

© Magali Girardin.

Le Centre de la Roseraie est un lieu qui accueille les personnes migrantes du canton pour leur apporter le soutien de ses bénévoles, formateurs et civilistes ainsi que d’une équipe de six salariés. Créé il y a une quinzaine d’années et après une interruption entre 2008 et 2012, son objectif vise à tisser des liens, mélanger les différentes cultures, apprendre à se connaître et à communiquer en français en vue de faciliter l’intégration des réfugiés de tous horizons. Le centre est hébergé dans le bâtiment de la rue de Carouge, reconnaissable à ses façades rouges, qui a remplacé le temple de la Roseraie.

Quand ils arrivent à Genève, les réfugiés ont de notables besoins d’information. La salle d’accueil du centre offre tout un éventail de vecteurs d’information qui leur permettent de retrouver leurs repères dans une société nouvelle aux particularités différentes de celles parmi lesquelles ils ont évolué jusqu’à présent. La cour est aussi un lieu de rencontre informel très prisé. On y trouve un jardin potager qui permet de partager ses connaissances et les expériences des plantes venant de différentes cultures.

Fabrice Roman, directeur du centre © Magali Girardin.

Quelque 150 personnes se retrouvent quotidiennement dans les différents locaux du centre. Celui-ci comporte quatre salles destinées aux ateliers de français, dans le cadre desquels différents niveaux de perception de la langue de Molière sont enseignés.

« Ici, les participants acquièrent les outils qui leur sont nécessaires pour communiquer avec les autres », souligne Fabrice Roman, directeur du centre.

Il précise que les principaux défis du centre sont d’assurer la pérennité de l’institution et de continuer à garantir la qualité de l’accueil et de ses prestations. Cette pérennité passe aussi par la formation du personnel encadrant et le déploiement d’activités avec le voisinage, pour stimuler la cohésion du quartier et du vivre ensemble.

Les autres activités du centre présentent souvent une thématique axée sur l’apprentissage de la cohabitation : danse, sport, musique et rencontres. L’essentiel est de leur transmettre les outils qui leur permettent de se mouvoir dans une société avec laquelle ils doivent se familiariser. Et Fabrice Roman de conclure : « Notre volonté consiste à faciliter et favoriser l’accessibilité des migrants à des activités de qualité dans une logique où l’on veut valoriser les compétences des gens et leur donner de la reconnaissance. »

La droguerie et herboristerie d’Arve

Conrad Hausmann © Magali Girardin.

Privilégier les médicaments issus de la nature dans la mesure du possible : voici le credo de Conrad Hausmann, qui tient la droguerie et herboristerie d’Arve, située à la rue de Carouge. Il tire son savoir de ses études effectuées il y a bien des années à l’école de droguerie de Neuchâtel et de son travail de délégué médical. Quand on lui demande ce que recherchent ses clients, il répond immédiatement qu’il s’agit souvent de choses improbables. Ils croient en effet que son antre d’un autre âge recèle de tout.

« J’ai assez à faire pour soigner les maladies rhumatismales et de la peau, sans tomber dans le charlatanisme », confie l’intéressé.

La balance qui trône à l’entrée de sa boutique plante le décor du premier coup d’œil. Avec sa cuillère en bois, il saisit délicatement des herbes dans des boîtes en carton étiquetées de noms bizarres et rangées sur ses étagères. Il souligne qu’il ne s’agit là que de plantes classiques pour soigner les petits bobos de ses clients, mais s’empresse de préciser qu’on trouve aussi 250 à 300 plantes plus rares dans ses rayons et tiroirs. Au total, il jongle avec pas moins de 450 mélanges concoctés à partir de plus de 180 drogues végétales. « Je réalise tous ces mélanges de plantes devant mes clients en ayant l’autorisation de le faire de Swiss Medic », rétorque-t-il immédiatement.

Ses clients viennent toujours pousser la porte de son arcade pour y trouver des boîtes de plantes, des flacons de toutes sortes, des teintures ancestrales, tous les ingrédients de phytothérapie, des remèdes naturels ainsi que des produits de droguerie utilisés au quotidien dans les foyers du quartier. Au total, assurément plusieurs milliers de positions à son inventaire.

Au fil des années, le temps de préparation des produits s’est écourté avec la prolifération de mélanges préemballés prêts à l’emploi. Autre constat : certains anciens produits et remèdes très efficaces tendent à tomber en désuétude et leur fabrication est abandonnée. Un grand regret pour ce gardien de la santé par les plantes. D’autant qu’à l’âge de 77 ans, le moment de prendre une retraite bien méritée arrive à grands pas. Raison de plus pour profiter encore de tout son savoir en matière de pharmacopée.

Photos : Magali Girardin

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Bénédicte Guillot
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