Corsier : un joyau de la nature lové sur la rive gauche du lac

31 octobre 2018
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Son territoire s’étend en pente douce jusqu’au lac Léman et dévoile, en arrière-plan, les ondulations des crêtes de la chaîne du Jura. Sa surface s’étend sur 278 hectares, dont 61 % sont consacrés à la culture de la terre. L’ancien bourg qui s’est développé autour de son église a conservé son caractère villageois, alors que son port lacustre lui confère un cachet digne des plus belles cartes postales de la région lémanique. Les anciennes fermes de la commune y ont été rénovées avec goût et les bâtiments locatifs érigés dans le style villageois préservent le caractère attachant des lieux.

Jusque dans les années 60, la population de la commune de Corsier (que l’on prononce « Corzier », qui fut son nom officiel pendant longtemps) est restée stable, en deçà des 500 habitants. Elle a plus que doublé au cours de la décennie suivante pour poursuivre continuellement son essor et franchir tout récemment la barre des 2000 âmes. Les premiers habitants du village s’étaient regroupés à l’origine sur les rives du lac. Les vestiges palafittiques qui ont été retrouvés aux alentours de ce qui constitue aujourd’hui le port du village en témoignent. Ils remontent à l’an 3000 avant notre ère et sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

Après avoir vécu essentiellement de la pêche, les Corsiérois et Corsiéroises émigrèrent progressivement vers l’arrière-pays entre l’an 1000 et 750 av. J.-C. pour y profiter des cultures maraîchères et agricoles qu’ils y développèrent peu à peu.

Une querelle de clochers qui faillit tourner à la guerre de religion

Comme bon nombre de régions de la campagne genevoise, les querelles politiques et de religions provoquèrent des scissions importantes au sein des populations et territoires. A la suite de l’invasion de la banlieue de Genève par des troupes autrichiennes, bernoises, savoyardes puis françaises, bien des gens changèrent – de gré ou de force – de religion. Ce fut en particulier le cas à Corsier, qui ne formait à l’origine qu’une commune avec sa voisine Anières.

Dans le contexte de l’époque, une séparation en deux communes distinctes devint inéluctable pour éviter une véritable guerre de religion entre les deux villages. Aujourd’hui, les choses ont bien changé puisqu’une réconciliation est intervenue depuis sous la forme d’une alliance de communes, appelée Coheran, à laquelle s’est aussi ralliée Hermance. Dans les milieux concernés, on ne parle pas (encore) de fusion, mais on essaye par ce biais de privilégier les synergies, par exemple au travers d’autres collaborations telles que dans le secteur associatif, de l’Etat-civil, scolaire et parascolaire.

Un lieu de passage et d’échange

Deux artères de transit traversent la commune de Corsier parallèlement à la rive gauche du lac. La plus fréquentée est incontestablement la route de Thonon, le long de laquelle fut mis en service un train à vapeur à voie étroite du carrefour de Rive à Douvaine en 1891. Il s’agit en fait de l’ancienne route du Simplon sur laquelle passait la diligence menant en Italie en transitant par le col du même nom. Quant à la route d’Hermance, construite à la suite d’une décision du Grand-Conseil du 11 janvier 1847 et achevée en 1851 sous le gouvernement radical de James Fazy en faisant appel au travail bénévole des habitants des communes traversées, elle dessert les habitations des rives du lac jusqu’à Hermance.

Sur cette artère qui passe la frontière franco-suisse avant de poursuivre son tracé en direction de Chens, le tram fut inauguré de Vésenaz à Hermance en 1900. Les transports y étaient devenus importants pour attirer les citadins de la métropole du bout du lac et les premiers touristes.

Au début du XXe siècle, Corsier comptait trois épiceries, une boulangerie, un tonnelier, deux charrons, un cordonnier et dix cafés-restaurants. Vers 1904, celui de Corsier-Port – tenu par Mme Couex – devient le repaire d’un certain Vladimir Oulianov, plus connu sous le nom de Lénine, qui y organisait des rencontres au cours desquelles on discutait politique et révolution.

Des efforts pour redynamiser le cœur du bourg

Le territoire de la commune de Corsier est délimité du côté de sa voisine Anières par le ruisseau de Nant-d’Aisy et de celle de Collonge-Bellerive par le Nant des Usses, qui se jette dans le lac au niveau du chantier naval de Corsier-Port. Le cœur du bourg se trouve à mi-chemin entre les deux grandes artères de transit qui traversent la commune. C’est là que l’on trouve l’église autour de laquelle est regroupée la plus forte densité d’habitations. On y tombe inéluctablement sur le Café du Soleil, qui est considéré comme l’un des plus anciens établissements publics du Canton de Genève. On en retrouve des traces dans les archives de la commune avant 1850. Sa terrasse est magnifique et la qualité de la cuisine et de l’accueil est à relever. Si le bureau de poste qui était situé au centre du village a fermé ses portes, une agence postale est abritée dans l’épicerie, à côté de quelques rares boutiques.

Sur le territoire de la commune, les activités économiques se sont quelque peu endormies, surtout le long du tracé de la route de Thonon, malgré les efforts engagés par les pouvoirs publics et les habitants pour réanimer les lieux.

C’est dans ce contexte que la commune a construit un écoquartier appelé Pré-Grange, comportant quatre immeubles dans lesquels les locataires viennent d’emménager.

Un petit air de Saint-Tropez-sur-Léman

Au port de la commune, les rives du lac ont repris leur attrait depuis des décennies et de nouvelles habitations voient le jour. La vaste terrasse du restaurant Le Petit Lac invite à la contemplation de la vue splendide sur la perspective lacustre. Le club nautique accueille quant à lui les amateurs de voile et d’autres sports nautiques. Cinq petits immeubles d’architecture contemporaine abritant au total 21 appartements ont été érigés au chemin du Port. Il est aussi prévu de modifier le quai de Corsier-Port pour rendre son accès plus avenant pour les promeneurs et les usagers des lieux.

Depuis longtemps déjà, la viticulture occupe les terres de la commune. Dès le XVIIIe siècle, les vignes poussaient dans les lieux-dits Le Palais (Corsier-Port), les Gravannes, les Poissates, le Vuachex, Bellebouche et les Grouberaux. Mais ces cultures ne sont pas les seuls trésors naturels de la commune. Les vignes, champs et petits bois ponctuent le paysage quand on emprunte le chemin qui longe le lit du Nant-d’Aisy à partir de la route de Thonon.

 

Atelier 1985 : dans l’antre de Vulcain

Installé depuis deux ans à Corsier, Sidney Gargouillat travaille dans une ancienne serrurerie qui a fermé ses portes voici une vingtaine d’années. D’origine rwandaise, il est arrivé en France à l’âge de 7 ans après avoir été adopté par une famille habitant le Puy-en-Velay. A l’issue de sa scolarité, il a suivi une formation de serrurier dans une entreprise auvergnate. En recherche d’emploi après avoir travaillé dans une entreprise spécialisée en ouvrages d’art, il a tenté sa chance en lançant une demande d’emploi sur Internet.

Sidney Gargouillat

C’est en fin de compte une entreprise genevoise qui s’est intéressée à son curriculum vitae. Il est ainsi venu s’installer dans la région où il a travaillé pour plusieurs entreprises avant de se mettre à son compte. « On dénigre un peu trop facilement les métiers manuels», regrette-t-il. « Ils sont enrichissants et valorisants. On apprend quelque chose de nouveau chaque jour. Nous sommes des artisans, un terme qui tire ses racines dans l’art ». Il est surtout motivé par la variété des travaux qui lui sont confiés : « On ne fait jamais deux fois la même chose. »

Les anciens outils hérités de son prédécesseur et destinés aux travaux de serrurerie et de forge trônent un peu partout sur les murs de son atelier. Ou directement sur le sol pour les plus gros tels que l’enclume traditionnelle du métier de forgeron.

Avec son collègue Patrick, ils créent aussi bien des grilles en fer forgé que des escaliers, des objets en verre, en cuivre et toujours beaucoup plus en acier inoxydable, ce qui exige d’eux de maîtriser une multitude de techniques de travail.

Sidney Gargouillat est reconnaissant de l’accueil chaleureux et du soutien qu’il a reçus à Corsier, où, à ses dires, les gens sont agréables et font preuve d’un humour très sympathique. Il n’en reste pas moins que ce n’est pas toujours facile de faire revivre les métiers d’antan, qui se perdent de plus en plus. Ils nécessitent beaucoup d’heures de travail pour atteindre la perfection. Sans compter que l’entrée des commandes évolue en dents de scie, ce qui n’est pas facile quand on est indépendant. Ça ne l’empêche pas de s’adapter aux travaux qui lui sont confiés. Il a acquis récemment une grande cisaille électromécanique et un groupe de soudure dédié aux travaux sur l’acier inoxydable.

 

Anne Castaño-Couturier et la savonnerie Kaolin

Son histoire est partie d’une perte d’emploi en avril 2014. Elle a alors transformé sa passion, qu’elle exerçait en dilettante, en activité professionnelle principale : fabriquer des savons sans huile de palme, de manière artisanale. Elle connaissait quelques recettes de base pour leur fabrication, mais les a améliorées et a commencé à cultiver dans son jardin les plantes susceptibles d’entrer dans la composition de ses savons. Elle s’est fait connaître en exposant pour la première fois ses produits dans le cadre de l’événement « Genève fête son terroir », qui regroupe les producteurs du canton. « C’est de là que j’ai pu décrocher mes premiers contrats pour des épiceries », raconte Anne Castaño-Couturier, qui nous reçoit au centre du village de Corsier.

Rencontre avec Anne Castano-Couturier, qui tient la savonnerie Kaolin.

Elle propose douze sortes de savons à l’huile d’olive exempts de produits de synthèse et sans agents conservateurs, ni colorants. Elle en produit 10 000 à 12 000 par année. Parmi la multitude de savons qu’elle propose, ce sont les variantes au miel-cannelle et à la lavande qui se vendent le mieux, alors que les shampoings solides rencontrent un vif succès. Dans son activité, l’opération la plus délicate reste la manipulation de la soude, compte tenu des variations possibles de température, sans compter qu’il faut respecter le grammage des ingrédients avec une très grande rigueur et précision. « Si le mélange n’est pas assez chaud, le savon reste liquide », précise-t-elle.

Les acheteurs aiment surtout ces produits parce qu’ils ne génèrent pas de déchet.

Anne Castaño-Couturier a pour projet d’élaborer un savon liquide spécialement attendu dans les magasins vendant des produits en vrac et elle entend s’orienter vers la cosmétique, avec des produits tels que les crèmes de jour, les baumes et les sticks à lèvres. Ses affaires marchant de mieux en mieux, il lui faudra prochainement trouver un local plus grand et engager de l’aide pour répondre à la demande.

 

Une dynastie passionnée aux rênes du Manège de Corsier

Fils d’une famille de paysans, Jean Noël Dusseiller a commencé à développer les activités hippiques du domaine parental en 1964. Ses débuts se limitaient à deux chevaux. Sa fille Pascale a immédiatement ressenti un véritable engouement pour l’équitation et s’est mise dès l’âge de 12-13 ans à participer à des concours hippiques. Le succès fut au rendez-vous. Elle a été sacrée championne suisse des jeunes cavaliers plusieurs années de suite avant de se lancer dans les grands prix hippiques. La naissance de son deuxième enfant a remis en cause sa carrière sportive, même si elle continue toujours à vivre de sa passion des chevaux et à s’occuper de la formation. La naissance de son premier enfant en 2005, un fils, ne l’a pas empêchée de reprendre avec succès sa participation à des concours hippiques dès l’année suivante. « J’ai levé le pied à la naissance de ma fille en 2010, car je me rendais compte qu’il m’était difficile de concilier désormais mon rôle de mère de famille, du travail au manège et des concours hippiques », nous confie-t-elle à la sortie de la compétition qu’elle organise annuellement dans le cadre du Manège de Corsier.

La reconversion de sportive d’élite en professeur d’équitation et responsable de la partie hippique du manège lui laisse malgré tout comme un pincement au cœur. « C’est mon choix, on ne peut pas tout concilier. Quand je fais quelque chose, je le fais à fond », admet-elle. Le plus difficile est ressenti au retour des compétitions, qui sont des moments extraordinaires. La tension retombe et la satisfaction de l’effort accompli est perceptible. Elle vit aujourd’hui ses résultats par procuration. Elle a un cavalier qui fait sauter ses chevaux. Elle revit pleinement cette ambiance durant les concours quand il est en lice et quand elle organise des concours dans son manège à Corsier, malgré le surcroit de travail que cela représente. Il faut trouver des bénévoles, des sponsors et la concurrence des grands événements est difficile à relever quand on n’a pas de gros moyens. Quoi qu’il en soit, tout ce travail avec les équidés apporte à la famille toute l’expérience qu’il faut pour s’occuper des animaux de tierces personnes dans les meilleures conditions possible.

Pascale Dusseiller

Le manège accueille en pension entre 35 et 40 chevaux de clients. Même si cette capacité s’avère malgré tout assez modeste, il leur tient à cœur, à elle et à son père, qui s’occupe plus de la gestion administrative du domaine, de miser sur la qualité des contacts et des soins aux animaux, ce qui représente un critère déterminant dans ce métier. Le caractère familial des relations établies dans le cadre du manège est primordial à ses yeux, car les chevaux sont extrêmement sensibles aux rapports qu’ils établissent avec les humains. D’autres installations, telles qu’une longe automatique, permettent aux chevaux de se décontracter pendant de bons moments. Sous la houlette de Pascale, le Manège propose des cours – privés et en petits groupes – de saut d’obstacle, de dressage, de concours ainsi qu’une école d’équitation sur poneys et chevaux. Le domaine possède un manège couvert pour le travail en hiver ainsi que deux carrières (paddocks) en plein air.

 

Yves Kohli : le maître du Domaine des Groubeaux

Vaudois d’origine, Yves Kohli a passé sa jeunesse dans la région et poursuivi ses études à l’Ecole de viticulture et œnologie de Changins. Il a hérité son amour pour son métier de ses parents qui exploitaient sur la rive vaudoise du Léman une ferme où il a passé toute sa jeunesse. Son certificat d’ingénieur en poche, son parcours professionnel l’a amené à travailler dans les caves de la Coop, puis huit ans à la cave de Genève avant de poursuivre son cursus chez le célèbre œnologue Xavier Chevallay, de Cartigny. Fort de ce bagage, il a pu reprendre le Domaine des Groubeaux à Corsier, une exploitation vitivinicole qui s’étend sur 2,5 hectares et dont il assure toute la chaîne de production.

Pour assurer la continuité des affaires, il respecte l’esprit des lieux et perpétue la tradition de l’ancien exploitant.

Cela fait maintenant dix ans qu’Yves Kohli exploite son domaine en misant depuis 2011 sur la production de vins bio, une voie qu’il apprécie personnellement beaucoup, même si le travail de la vigne est plus astreignant, surtout en ce qui concerne le désherbage et les traitements. Il prend aussi un soin particulier à n’épandre qu’un minimum d’engrais, car cela stimule la pourriture. Quoi qu’il en soit, ce risque est très faible cette année en raison des conditions météorologiques particulièrement favorables à l’épanouissement de la production.

Il offre sur sa carte une large diversité de cépages afin de répondre aux goûts d’une clientèle très diversifiée. Pour lui, l’essentiel est de maîtriser son métier et de connaître les caractéristiques des différents cépages. Sa clientèle l’a bien suivi lors du passage à la filière bio et cela lui a ouvert des portes. Même s’il est encore assez décrié, le chasselas se vend toujours bien et le gamay donne de bons résultats s’il est bien travaillé. Quant aux nouveaux cépages, la surprise vient souvent du consommateur pour qu’il apprenne à les aimer. « Les consommateurs savent maintenant qu’il y a de bons vins dans le canton de Genève », explique-t-il.

« J’ai été bien reçu à Corsier, où les gens du coin jouent bien le jeu, et je vends tout ce que je produis sans trop de difficulté ».

En l’occurrence en moyenne 12 000 bouteilles par année, essentiellement en vente directe auprès de particuliers, dans les épiceries et kiosques régionaux, auprès de représentants et de restaurants.

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Pascal Pétroz
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